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A lire comme un roman... triste cri d'un professeur des écoles...

Chapitre après chapitre, découvrez le roman d'une vie

Mémoire

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Il faut se mettre à plusieurs pour faire passer ses idées, un combat seul ne mène à rien.
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P'tite Mmu
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Nat, Nanou...

Vous voici sur le blog d'un futur ex-instituteur... enfin professeur des écoles, usé par son métier! Plus de 23 années de métier, dont une vingtaine d'année de direction d'école, une vie donnée à celui-ci et puis un jour, après de multiples souffrances,  les yeux s'ouvrent!

Ce blog ne sera qu'un roman, le long roman d'une vie. Les chapitres apparaîtront petit à petit... bonne lecture aux courageux...  oui, il y a des fautes, orthgraphe, peut-être parfoid grammaire même.. cet écrit est un fleuve sorti d'un esprit, fleuve qui n'a pas été remonté pour en vérifier la qualité des berges. Un écrit parfois douloureux sur lequel on a du mal à revenir pour une simple corection... 

Voici donc le roman d'une vie... si proche de la réalité. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées ne serait bien sûr que pur hasard... cela va sans dire. Et si certaines personnes venaient à se reconnaître dasn ce simple roman, fruit de mon imagination, c'est que peut-être pour certaines en particulier, elles n'auraient pas la conscience tranquille...

Bien évidemment,   les commentaires seront particulièrement appréciés, à une seule condition: que le blog de celui ou celle qui laisse un commentaire me soit aussi accessible... merci à tous.

September 28

Chapitre 20 : La corde au cou

C’est ainsi qu’un mercredi après-midi, en pleine déprime et crise de larmes, j’entrais dans l’école, arrivais dans la salle de motricité, et empoignant une corde à sauter, je montais sur un petit tabouret. Au plafond, un crochet. Solide. Les yeux embués, bras tendus, dans un équilibre on ne peut plus précaire, je crus faire un solide nœud. Un nœud coulant à l’autre bout, une tête passée, un petit coup de pied, un tabouret à terre… une brûlure. Terrible. Un craquement, une chute. Tout comme ma vie, mon pauvre corps se retrouvait à terre, corde autour du cou. Qu’avais-je bien pu faire ?  Plus de forces, plus d’envies, plus rien. Il m’apparaissait impossible de retourner chez moi. Je venais si ce n’est de perdre la vie, tout au moins de la tuer. Que faire… je me voyais là, fini. Fuir, fuir cette vie. Sortir de cette école qui ne voulait même plus me prendre la vie et fuir. Je montais dans ma voiture, tournais quelques moments dans ce village où, dans mon esprit, plus rien ne me raccrochait à la vie. Le téléphone… une seule envie, appeler, appeler à l’aide. Quelle aide, je n’en savais rien. Un besoin de parler, de dire… alors je pris mon téléphone et j’appelais la seule personne qui, à mes yeux semblait capable de me comprendre. C’était l’une des femmes de services de l’école. Je savais qu’elle avait une vie pas forcément bien facile, deux grands enfants, et surtout, je la savais à l’écoute. A l’écoute et, me semblait-il, d’une certaine façon détachée des réalités de ce monde.

-  Allo, Marie ?

-  Oui…

Entre deux sanglots je lui expliquais ce que je venais de faire. La douleur psychique, le fait que j’étais là, perdu, à quelques pas de chez elle, que je ne savais que faire, où aller, qu’il m’apparaissait impossible de retourner dans ce milieu où l’éducation était le centre même de l’existence.

-  Viens, me dit-elle

Et c’est ainsi que quelques minutes plus tard, j’entrais dans un monde nouveau. Un monde qui allait quelques semaines plus tard m’accueillir à bras ouverts.

Nous passâmes la fin d’après-midi à parler. Elle téléphona à ma femme pour lui dire tout mon mal être, mais aussi lui dire que je ne désirais pas quelle vint me chercher. Je ne savais plus que faire. Perdu, j’étais perdu. Puis, en fin de soirée, quelques pensées remises en ordre, je décidais de rentrer chez moi. Les explications au retour furent longues et pénibles. Comment expliquer ce que moi-même je ne savais ! Pourquoi être allé chez Marie ? Pourquoi avoir dit que je ne voulais revenir chez moi ?

Quelques temps passèrent. Je poursuivais mon travail d’enseignant, m’y noyant pour ne plus penser à autre chose. Marie venait régulièrement me réconforter ou me sortir de ma torpeur. Il suffisait parfois d’un regard pour me dire « allez, la vie n’est pas si noire ! »

Arriva la classe de mer. Ce fut une bouffée d’air frais. De bonnes crises de fou-rire grâce aux ateliers de mes chers collègues me remirent sur pieds ! Le petit jeu  fabriqué consciencieusement par ma collègue de grande section resta tout aussi consciencieusement dans les sacs ! Les enfants n’avaient que faire de ceci pour s’occuper ! Imaginez un peu : demander à des enfants de relever les villes par lesquelles nous passions ou les départements que nous traversions… alors que nous roulions sur une quatre voies ! Pas de repère, rien ! Les enfants comprirent bien vite que ces jeux étaient inutilisables. Je préférais moi-même qu’ils profitent de paysages, qu’ils échangent entre eux, plutôt que de passer mon temps à essuyer les rejets gastriques d’enfants qui ne supportaient pas de lire durant un voyage… L’autre atelier construit par mon collègue de CP fut des plus folkloriques. Les cerfs-volants… imaginez là aussi un peu : il avait fait faire aux enfants des cerfs-volants en papier crépon, affublés d’une ficelle d’environ  un mètre cinquante et d’une queue de deux mètres. Arrivé sur la plage, le spectacle fut merveilleux : les enfants comprirent tout aussi vite qu’avec si peu de ficelle, jamais un cerf-volant ne pouvait prendre l’air. Mais là commença une toute autre histoire : les queues trainant au sol se chargèrent bien vite d’eau, et la plage pris des couleurs assez vives du papier qui déteint. Les cerfs-volants tournaient sur eux-mêmes, s’emmêlaient les uns aux autres, tombaient et épongeait le sable. Au bout d’un quart d’heure, la partie était jouée. Plus rien ne ressemblait à rien. Et nous comprîmes bien vite qu’un laborieux travail nous attendait : tenter de rendre à chaque enfant ce qui pourrait ressembler à un cerf-volant ! Des amas de papiers déchirés, imprégnés d’eau, emmêlés dans de la ficelle, voilà ce qu’il restait de leur joli cerf-volant. Mais en bon enseignant qui se respecte, chacun était content de son atelier. Le mien, abordé de toute façon négativement par mes collègues, trouva son apogée durant un après-midi de pluie. Personne ne s’était vraiment posé la question de son fonctionnement, et il ne vécu que rapidement par la volonté des enfants. Ce qui avait représenté pour moi des heures de travail ne méritait clairement pas une once de satisfaction de la part des autres adultes. Ce n’était pas mon problème, j’avais eu une telle satisfaction malsaine à voir leurs propres ateliers couler corps et biens qu’ils pouvaient bien faire ce qu’ils voulaient du mien. Pourtant, de retour au centre qui nous hébergeait, les animateurs trouvèrent que cette approche du milieu et de la notion de plan était fort intéressante et originale, et eurent plaisir à me prendre un échantillon complet de mes photos, cadres, plans et fiches autocorrectives. Mais ce qui apparaît original  est par essence à aborder de façon négative chez l’enseignant.

Cette classe de mer fut à la fois un moment inoubliable, mais aussi le début d’un calvaire. Je me sentais de plus en plus proche de Marie. Il est certain que son état d’esprit, sa façon de voir les choses avec un certain détachement me faisait rêver. L’idée même qu’une vie pouvait avoir pour autre but que l’idéologie pédagogique m’aveuglait.Ce fut le retour dans notre commune. Et le retour à une réalité, ma réalité. Impossible. La crise éclata bientôt.

September 08

Chapitre 19 : Le bourbier

Pour moi, plus rien ne semblait marcher droit. Quelque chose de rompu. Quoi… je ne savais… Le retour à l’école était des plus difficiles, le retour à la maison tout autant. Cette année scolaire avait pour cela de spécifique qu’elle était année de « classe de mer ». Là encore, les habitudes maisons étaient ancrées… c’est peu dire ! Cette classe de mer avait pour objectif principal (normalement…) de créer un lien entre la classe de grande section et celle de CP. Mais créer un lien avec un enseignant aussi peu ouvert que celui qui trônait au CP relevait de demander à une huître de décliner l’alphabet. Depuis le début de l’année scolaire, j’abordais donc ce sujet afin d’au mieux préparer les enfants. Ce fut vers le mois de février ou mars qu’une mère m’aborda pour m’expliquer que son enfant ne pourrait participer à cette sortie. Elle trouva mille et une excuses pour ceci… jusqu’à m’affirmer que sa famille, qui habitait les DOM-TOM, arriverait juste à cette période. Il était évident pour moi que cette attitude cachait quelque chose. L’enfant était un bon élève, mais dont la volonté personnelle ne dépassait pas celle du lézard se dorant au soleil. J’aurais dû me méfier ! Obliger un enfant à travailler est un crime semble-t-il ! En effet, régulièrement, j’étais dans l’obligation de demander à ce cher petit ange de bien vouloir finir son travail, ce qu’il faisait alors sans rechigner… et sans aucune difficulté ! Mais voilà : il allait alors pleurer dans les jupes de sa mère, m’accusant tout simplement de l’obliger à travailler. Ce que je n’appris que bien plus tard, c’est que ma très chère directrice était depuis très longtemps au courant du fait que cette mère refuserait catégoriquement la venue de son fils en classe de mer, et que de toute façon elle n’avait jamais acceptée que celui-ci fut dans ma classe. Je pense très sincèrement qu’elle était outrée du fait que son fils fut dans une classe de moyens et grands, avec un instituteur nouveau dans l’école, alors que la classe d’à côté accueillait uniquement des enfants de grande section avec cette chère institutrice aux gestes brutaux, mais qui avait au moins l »habitude de sévir ici depuis des années ! Le fait de plus que je sois un homme pour m’occuper d’enfant de moins de six ans restait un mauvais point face à la mentalité assez archaïque de cette pauvre mère.

 

J’organisais donc petit à petit ma classe de mer. Chaque enfant avait un grand cahier dans lequel l’ensemble du travail était regroupé depuis le début de l’année… y compris pour ce cher élève qui n’allait pas venir, bien évidemment.

 

Je découvris alors les petites habitudes préparatoires à cette classe de mer. Depuis des années, les enseignants préparaient des ateliers dans lesquels devaient tourner les enfants par groupes « mixtes » de grande section et CP. Il va de soit que ces ateliers n’avaient pas évolué depuis des lustres ! Ma collègue de grande section faisait préparer aux  enfants un petit jeu type « les incollables » reprenant différents éléments du parcours en autocar. A charge pour les enfants de faire les jeux durant le trajet, en fonction de lieux traversés. Le collègue de CP quant-à lui faisait des cerfs-volants. Et moi, on me parla d’un vague atelier… mais cernant déjà les inconvénients des uns et des autres… je choisis de faire face et proposer ma propre vision des choses. C’est ainsi que je proposais un atelier d’observation  des paysages par un jeu de cadrage. Les enfants avaient à disposition différentes photos, ainsi qu’un cadre évidé de la taille de celle-ci. Le jeu était simple : retrouver l’emplacement exact d’où avait été prise la photo, s’y placer pour vérifier en regardant au travers du cadre… et marquer cet emplacement sur un plan par une croix accompagnée d’une flèche indiquant le sens de prise de vue. Je travaillais donc ce point durant plusieurs temps d’atelier grâce à des photos prise de notre commune sur un grand terrain proche de l’école. L’atelier serait identique en bord de mer, avec des photos de la pointe, futur lieu de promenade. Il faut avouer que mon atelier étonna un peu. Fort heureusement, les femmes de services de l’école semblaient prêtes à changer leurs petites habitudes, et elles m’aidèrent à monter cet atelier afin qu’il soit des plus performants.

 

L’année s’avança donc ainsi. Difficile, très difficile. Je me sentais comme un ovni dans ce monde enseignant. Tout me semblait de plus en plus étonnant et invivable : la brutalité de ma collègue, la nonchalance de la directrice qui jonglait allègrement entre ses petites habitudes, ses propres volontés et les textes officiels, l’ensemble ne faisant que rarement bon ménage et nous engageant sur des voies pas toujours très claires, des parents devant qui toute cette petite flotte enseignante râlait mais s’écrasait au moindre souffle… et une vie scolaire réglée comme du papier à lettre ! En parallèle, ma vie personnelle  avait pour seul mot d’ordre le travail, le travail et encore e travail. Arriva le temps de classe de mer. Je sentais en parallèle mon couple partir en miettes. Une mort. Je vivais cela comme une mort personnelle.  Nous n’étions pas parvenus à nous remettre de cette année, et il m’était devenu impossible de vivre au rythme imposé par ce métier. Je ressentais un phénoménal besoin de sortir de ce qui m’apparaissait comme un bourbier. Plus rien n’allait. Plus rien. Je sentais que tout m’échappait, y compris la plus simple envie de vivre. La vie me paraissait impossible, tout simplement. J’étais arrivé à une conclusion terrible : il fallait que tout cela finisse. Je ne vis cependant pas vraiment le malheur arriver… ce fut une explosion soudaine…

August 28

Chapitre 18 : année noire

Depuis quelques temps, le beau-père de mon épouse connaissait quelques graves problèmes de santé. Mais en septembre, l’hospitalisation fut nécessaire et l’avenir paraissait bien sombre. Je m’était beaucoup attaché à cette homme. Peut-être parce que je retrouvais en lui un sorte d’insoumission, peut-être aussi un père qui m’avait quitté trop tôt. Il était, chez ma belle mère, celui qui apportait une réelle flamme, un zeste d’originalité, la voix d’un homme dans cette maison tenue exclusivement par des femmes. C’était d’ailleurs une source de conflit habituelle entre lui et ma belle sœur qui ne put jamais admettre qu’une autre autorité que celle de sa mère... et surtout la sienne, puisse réglementer la vie de cette communauté. Bref, ce pauvre homme était au plus mal. Nous le savions perdu depuis des mois : tumeur au cerveau dont le type ne laissait aucun espoir. Tout traitement ne pouvait que retarder l’échéance. Notre vie fut alors totalement  coincée entre nos préparations pédagogiques et nos allers/retours pour aller rendre visite à notre beau-père et accompagner ma belle mère. Un rythme était pris : nous nous rendions à son chevet tous les dix jours, le mercredi ou le week-end. Tout était alors organisation : préparation de noter travail, garde de notre fils chez ma propre mère, trajet... rien n’était laissé au hasard. La fatigue se fit bientôt sentir, physique, morale.

Et puis, nouveau épisodes malheureux. Ce fut tout d’abord le décès de ma grand-mère... à qui je n’apportait aucune affection et dont le décès fut pour moi comme une délivrance. Mais quelques mois après, mon oncle se suicida.

 

Cette homme était pour moi une sorte d’exemple. Non que sa vie fut un vie de Saint, loin de là. Mais il m’était toujours apparu comme un homme entreprenant, qui n’avait que peu de limites, qui s’intéressait à beaucoup de choses. C’était un instable né ! sitôt les travaux terminés dans une maison, dans un appartement, qu’il s’ennuyait à mourir. Il fallait à tout prix voir autre chose ! Sa vie fut ainsi, vendant et achetant des maisons, des stations services, des petits hôtels. Sa vie fut aussi rythmée par celle de sa fille unique. Les uns suivaient les autres. Jamais le cordon ne fut coupé entre elle et sa mère, et lui, il suivait. Nous aimions à échanger sur nos aménagements, les transformations que nous faisons dans nos maisons. C’était un sportif accompli qui même âgé faisait encore pâlir d’envie bien des tennismen. Malheureusement, il habitait bien loin de chez moi, dans cette belle région de Fréjus. Mais l’âge ne lui laissait pas de répit. La moindre petite opération, comme celle de la cataracte, le terrorisait. Et puis il savait ses capacités diminuées. Depuis quelques mois rien n’allait plus. Il déprimait, nous le savions mal. Ils avaient quitté Fréjus pour vivre à Pujet sur argens... loin de tout. Trop loin. Rien ne pouvait se faire sans voiture. Sa fille venait de divorcer pour la seconde fois et habitait chez ses parents. Une chose qu’il vivait aussi  comme un réel envahissement. Mais un jour ce fut l’appel téléphonique auquel nous ne nous attendions pas :

-Voilà, René est mort !

-Hein... comme ça ?

-Oui, il s’est suicidé...

-...

Il s’est jeté dans la rivière en bas de chez nous ! Geste bien volontaire, il a même plier délicatement ses  vêtements sur la parapet avant de se jeter à l’eau !

-... (larmes !)

 

Pour moi, une page de ma vie venait de se tourner. Un douleur atroce venait de m’envahir.

 

C’était en Février. Vacances. J’emmenais ma mère et ma sœur à Pujet sur Argens, petit village bien joli... mais bien perdu pour des retraités qui auraient tant voulu être actifs. En arrivant nous passâmes sur ce fameux pont... douleur.

Ce fut la course folle. Il fallu se rendre à Toulon où le corps reposait. Un suicide impose en effet une enquête de police, et le corps avait ainsi été emmené à la morgue de Toulon. Le voir une dernière fois allongé là fut très difficile. Retour, messe « pour faire plaisir à la famille », enterrement dans un caveau provisoire. Là, une simple dalle de béton , en attendant que le nouveau cimetière puisse l’accueillir définitivement. Ce nouveau cimetière... en pleine campagne, à des kilomètres du centre ville... perdu, oublié.

 

Retour à la maison. Une douleur en plus. Et cette vie au rythme insensé qui ne s’arrête pas. Boulot, trajet, beau-père, larmes, fatigue... et une envie de vivre, vivre ! ! !

Alors je trouvais mon salut, une fois de plus, dans mon travail. Et puis aussi dans ce détachement marqué par certains à l’école. Réussir à se dire : « mon travail n’est plus que mon gagne-pain ! »... le rêve. Mais la tension montait, je ne voyais plus ma vie qu’en noir, un avenir impossible, le néant. Voir les autres rires, sourire de cette vie, ne peut que mettre en évidence ses propres échecs, ses propres erreurs, ses propres fausses routes. Voir les autres ne se poser aucune questions ne peut qu’ouvrir les yeux sur cette route que l’on poursuit, infinie, qui ne mène nulle part, bordée d’une tristesse affligeante. Je m’enfonçais inexorablement. Et refusais de le voir. Ou le voyais trop clairement, me disant que là seul était mon avenir.

Le coup de grâce. Ce fut le coup de grâce. Décès prévu, certain... mais refusé. Mon beau-père nous quitta dans les bras de sa propre mère. Nous l’avions vu quelques jours avant. En notre présence, il avait fait une crise de convulsion causé par la tumeur qui s’ingéniait à s’étendre dans son cerveau. Nous savions alors que la fin était proche. Pour moi, un monde s’écroulait. Je ne peux expliquer exactement ce qui me sauta aux yeux, comme une évidence :  ma vie actuelle s’arrêtait là, avec son décès. Une envie de crier « mais pourquoi perd-on notre vie  pour les autres, pourquoi ai-je tant donné sans avoir vécu, quand on voit  à quel point nous ne sommes rien et ne sommes même pas capable de profité, vivant, du peu que nous sommes ». Ce fut comme un déclic. Ma vie était à terre. J’entendais autour de moi « tout cela, c’est maintenant du passé, il faut continuer à vivre, reprendre notre vie »... mais pour moi tout était étrangement différent. Et de voir ce monde ridicule Cette belle-sœur pleurant à chaudes larmes sur un homme qu’elle n’avait jamais pu supporter. Une belle-mère qui pleurait à chaudes larmes sur cette homme qui avait su malgré tout lui faire vivre la belle et grande vie... mais qui lui avait retiré le bénéfice d’une assurance vie quelques jours avant son décès !

August 21

Chapitre 17 : une année terrible

Et c’est ainsi que l’année suivante, je débarquais dans l’école maternelle de ma propre commune. Ce fut pour moi un réel changement : cinq classes, des locaux spacieux, une salle de motricité (enfin !), une bibliothèque, la piscine en face de l’école. Seul bémol, pas de préau ! si bien que les jours de pluie, les classes sortaient prendre l’air une par une, les enfants devant rester tout au bord du bâtiment, à l’abri du petit débord de toit. Autant dire que nous ne faisions vraiment que prendre l’air très rapidement. Mais bon, face à ce que j’avais pu connaître, ce n’était là qu’un petit inconvénient. Quant-à moi, je bénéficiais d’une grande classe, avec point d’eau, ce qui n’était pas le cas dans les autres salles.

Je me suis toujours demandé si le maire, ancien de l’école privée, l’école « d’en face » comme l’on disait parfois, connaissait notre école ! je ne l’y ai jamais vu ! Il est certain que la municipalité donnait les moyens à l’école pour exister... mais il est aussi vrai que c’était un perpétuel combat face à la concurrence de la « maison d’en face ». Le personnel était nombreux : une femme de service par classe, plus une jeune fille en formation. L’organisation, bien que déroutante au premier abord, était fort sympathique : à chaque période, l’ATSEM changeait de classe. Chaque ATSEM travaillait ainsi dans son année scolaire avec tous les enseignants.

Et ce fut là que je découvris très rapidement le fonctionnement de l’école ! En effet, rien n’était laissé au hasard, et surtout pas l’ordre de passage des ATSEM. Ainsi, ma collègue de grande section s’arrangeait-elle pour que l’une des employées communales soit spécifiquement dans sa classe durant la période de Noël, car elle avait effectivement un savoir faire et une rapidité d’exécution manuelle permettant d’envisager toute sorte de déguisements, de décors pour le spectacle de fin d’année. Une autre enseignante s’arrangeait pour que telle ATSEM soit dans sa classe au début d’année afin de facilité l’accueil des plus petits... etc... bref, tout était organisé à l’avance ! Jolie machine trop bien rodée... qui ne laissait pas grand chose au hasard... ni de place pour les nouveaux arrivants, qui n’avaient qu’un droit : se plier au habitudes maison ! fonctionnement habituel de la machine éducation nationale, fonctionnement contre lequel n’arrêtent pas de se plaindre les enseignants... qu’ils sont eux mêmes les premiers à appliquer pour mieux conserver le mini-pouvoir qu’ils ont pu imposer dans leur propre lieu de travail.

 

Je découvris aussi les habitudes maisons. Les activités auxquelles nous ne pouvions échapper sans risquer de se faire mal voir (les fichues pièces jaunes de Bernadette entre autres), les grands messes comme le spectacle de Noël où le directeur de l’école élémentaire jouait les maîtres de cérémonie devant quelques centaines de parents, grands parents, élus qui venaient là uniquement pour discuter et se montrer, en se moquant bien pour la plupart de ce qui pouvait se passer sur scène. Je découvrais finalement un monde qui bien que se disant ouvert était largement aussi sclérosé que celui de la profonde campagne. J’étais parfois outré par la violence avec laquelle ma collègue de grande section pouvait reprendre tel ou tel enfant ; l’attrapant par le bras et le secouant comme un prunier, où par la négligence de la directrice pour qui les règlements ne semblaient pas être la facette la plus importante de son travail. Mais ce petit monde semblait fonctionner ainsi à merveille, à première vue en tout cas... et j’allais m’en contenter. L’une des enseignantes était pour moi une réelle source d’inspiration, voir d’admiration ! elle fourmillait d’idées, sa classe était un monde incroyable, et ce fut un bonheur de voir évoluer mon fils dans celle-ci. Ses productions lors de la fête de Noël étaient un réel émerveillement, pleines de couleurs, de finesse, d’une richesse extraordinaire. C’est véritablement une personne avec qui j’aurais particulièrement aimé travailler. Malheureusement, les effectifs, l’organisation même de l’école n’offrait pas beaucoup de possibilités. Les volontés de chacun d’ouvrir son espace classe, mais aussi et surtout de partager son espace personnel de préparation scolaire étaient encore plus difficile à mette en œuvre.

 

Ainsi, tout semblait fonctionner à merveille dans ce petit monde. Ce fut à cette époque que ma propre vie se compliqua réellement. J’avais déjà de gros doutes sur le rôle réel demandé à l’éducation nationale et particulièrement celui demandé aux enseignants. Nous avions reçu à l’école élémentaire un courrier de l’inspecteur d’académie assez déroutant ! Celui-ci faisait remarqué aux enseignants que le pourcentage de redoublement en CP , bien qu’inférieur à celui national, était un point supérieur à celui à celui de l’académie. En l’occurrence, la cause était entendue : il fallait faire le nécessaire pour que les enfants passent en CE1, sachant que seraient mis à disposition des écoles pendant les quinze premiers jours de l’année les remplaçants et enseignants non encore affectés sur des postes pour palier aux difficultés... et rattraper le retard de ces pauvres enfants ! Bref, en quinze jours, ceux-ci devaient être « opérationnels » pour reprendre un cursus normal ! La cause était une fois de plus entendue : nous étions bien là pour faire du chiffre, pour parfaire des pourcentage, mais en aucun cas pour éduquer, apporter un savoir, prendre le temps nécessaire avec tel ou tel enfant si besoin ! Je faisais donc partie de ces enseignants qui donnaient beaucoup, beaucoup trop de temps à leur métier. Beaucoup trop face à une vie de famille de plus en plus en déroute. Soirées et week-ends étaient largement envahis par nos préparations scolaires. A tel point que notre fils, débutant sa sieste le mercredi vers 14h, ne se levait parfois que vers 18 ou 19 heures ! Oh oui, nous l’entendions bien appeler, mais nous avions inventé involontairement ce jeu stupide qui consiste à  se dire « ce ne sera pas moi, et comme je bosse et que mon boulot est aussi important que le tiens, ça pourra être toi ». C’était sans parler des fins d’après-midi passées à l’école pour parfaire tel ou tel programme informatique, tel ou tel dossier, corriger, etc... Notre vie tournait totalement autour de l’école, le reste n’était souvent qu’accessoire. De grandes vagues de « travaux à la maison» permettaient de se sortir de cette déferlante pédagogique, mais c’était pour mieux y replonger très rapidement. Et puis... et puis quelques malheureux événements vinrent mettre en péril ce fragile équilibre. Une année terrible.

August 12

Chapitre 16 : Comme un simple passage

Nous habitions alors dans une toute petite commune, une jolie petite maison de bourg entièrement rénovée. Ma compagne avait déjà obtenu son changement de poste pour une plus grande école à une quinzaine de kilomètres de chez nous. Nous achetâmes une maison dans cette petite ville et je devins directeur d’école dans une toute petite bourgade à quelques kilomètres.

 

Imaginez ! imaginez une salle de classe… ou peut-être devrais-je dire… un ancienne salle à manger, avec une grande cheminée ! Ma classe de maternelle se résumait à cette pièce, dans le bâtiment de la mairie, classe dans laquelle donnait une autre toute petite pièce au plafond très bas. On ne pouvait y entrer que par la porte des sanitaires. L’école était ainsi faite qu’il était officiellement impossible de sortir dans la cour… sans sortir de l’école. En effet, le seul moyen d’accéder au préau était de passer au travers de la cantine… chose qui ne devait normalement pas se faire, pour raison d’hygiène. Bien évidemment pas de salle de motricité, si ce n’est une salle qui servait à la fois de garderie, de dortoir… et qui donnait justement totalement… dans la cantine !  L’école comportait aussi un bâtiment neuf, allouée pour ainsi dire totalement à la classe de cours préparatoire. Une salle de classe, une petite bibliothèque qui servait aussi accessoirement de bureau de direction. La cour de récréation était divisée en deux. En effet, un ancien maire de la commune, pensant certainement que ses chevilles ne franchiraient pas la porte du perron arrière, avait désiré garder l’entrée principale de la mairie par le grand proche… et ainsi créer une allée bordée de haies jusqu’au perron du bâtiment officiel. La classe, quoi ! Mais ayant construit les nouveaux locaux scolaires du côté opposé à ma propre classe, nous nous retrouvions avec deux cours encadrant une allée inutile. Nouveau sur le regroupement scolaire, je me trouvais bien évidemment et comme par hasard en charge de l’organisation de beaucoup de choses, dont les principales réunions. On a toujours la malchance, quand on arrive quelque part, d’entendre :

-    on l’a fait l’année passée, alors c’est au tour de votre commune cette année… donc à toi de faire…

 

« Ben voyons », serait-on tenté de dire !

Mais bon, étant classé dinosaure  de l’éducation nationale, cela ne m’inquiétait pas outre mesure.

Cette petite commune avait un beau projet : transformer le préau de l’école maternelle en nouvelle salle. Il y aurait ainsi un espace informatique, motricité, etc… Il fallu bien vite se rendre à l’évidence que cette salle servirait de fourre tout ! la municipalité voulait qu’elle puisse accueillir les enfants pour dormir, les activités du mercredi, les personnes âgées, la garderie. Ce que dans certains métiers on appellerait un « transfert de compétence » plutôt qu’un « apport de compétences », puisqu’on ne faisait qu’y transférer toutes les activités de la salle contiguë à la cantine, en lui en ajoutant de nouvelles. Tout cela ne résolvait en rien le problème de sortie des enfants de la classe maternelle au travers de la cantine, ni même au travers du dortoir pour rejoindre la cour. En effet la municipalité ne voulu pas entendre parler de séparation entre l’escalier qui sortait de la cantine et qui, par cette nouvelle salle, permettait d’aller dehors. Les travaux commencèrent donc, et nous essayâmes de présenter quelques transformations pouvant amener à une meilleur organisation et gestion de l’espace… comme ce fameux cloisonnement de l’escalier. Mais nous sentions que le projet était déjà bouclé par avance et que beaucoup de ces réunions n’étaient là que pour justifier une soi-disant participation de ceux susceptibles d’utiliser cette salle. A tel point qu’un beau jour, (un espace « machine à laver » était prévu dans cette salle et donnait directement dans l’espace qui allait servir de dortoir… d’où pour nous autre enseignant un fort possible problème de bruit), le maire, sur une simple proposition de localisation de placard, devint écarlate et jura qu’on ne l’y reprendrait plus à vouloir construire une telle salle. Il était prêt, sur le coup, à tout abandonner ! Bref je compris bien vite qu’il n’était pas nécessaire de tenter l’impossible et d’espérer avoir enfin dans une petite commune une salle réellement utilisable. Je stoppais là mon combat de « directeur  compétent et consciencieux », comme le disait ma chère inspectrice.

Nous suivîmes les travaux avec tous les enfants. Entre temps, j’avais demandé mon changement de poste. Je ne désirais de toute façon pas rester dans ce trou perdu. Et de toute évidence ce n’était pas là que j’allais pouvoir m’épanouir dans mon métier, si cela fut encore possible.

Le maire de la commune fut fort mécontent d’apprendre que je demandais mon départ. Depuis plusieurs années, le poste de direction était tenu par des personnes différentes. Il pensait qu’ayant un « vieux » sur celui-ci, et qui plus est une personne habitant tout prêt,  il tenait enfin quelqu’un qui resterait. Mais non, je décidais de rendre mon tablier de directeur.

Ce fut cette année là que je fus inspecté par ma belle inspectrice avec qui j’avais pu avoir, le années passées, des rapports plus que tendus.

 

L’inspection se passa on ne peut mieux.  Assez drôle par ailleurs. Ma classe était toute petite donc… et je lui installais une table donnant lieu de bureau. J’empilais dessus tout ce qui pouvait me servir pour mes préparations, classeurs et autres, ainsi que mon ordinateur portable… si bien qu’il ne lui restait qu’un tout petit espace. En une demi-matinée elle fit le tour de tout l’ensemble, puis elle m’invita lors de l’échange final à passer le concours d’inspecteur ! tout cela m’amusa fortement, quand on se souvenait des rapports plus que tendus que nous avions pu avoir les années précédentes.

Mais j’eu au moins la chance de recevoir quelques semaines plus tard mon rapport d’inspection. Ce qui ne fut pas le cas de nombreux autres enseignants. En effet, noter inspectrice appris un beau jour qu’elle avait enfin obtenue son changement de poste. Et miraculeusement, il faut dire ce qui est, les disques durs n’aiment pas les changements d’affectation ! En effet, de nombreux enseignants eurent une douloureuse nouvelle : le disque dur de madame l’inspectrice… enfin… de son ordinateur, venait de tomber en panne. Et pour leur plus grand malheur… et son plus grand bonheur, elle n’était plus en mesure de rédiger l’ensemble des rapports d’inspection. Ce fut un tollé général... mais que faire. L’ordre fut donné à son successeur de réinspecter en début d’année suivante tous les enseignants avec la plus grande mansuétude possible.

 

Je terminais donc cette année scolaire entourée par une femme de service très sympathique et dynamique, malheureusement là uniquement à mi-temps, une cantinière.. à l’image de celles que j’avais pu rencontrer précédemment, et d’une jeune femme qui s’occupait de la garderie et qui ne pouvait plus supporter cette commune et sa mentalité très campagnarde. Ma collègue, elle était égale à elle même tout au long de l’année : Une sorte de grosse limace à l’abord aussi avenant qu’un baveux dog allemand, râlant quand quelque chose n’allait pas, mais se gardant bien de demander la direction de l’école pour pouvoir diriger et changer ce qui, justement, n’allait pas. Bref, je ne fut pas mécontent de quitter en fin d’année cette école qui, de toute façon, ne pouvait être pour moi que simple lieu de passage dans ma carrière.

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